L’or attire.
En Côte d’Ivoire, il représenterait une opportunité économique pour de nombreuses personnes. Dans certaines zones rurales, l’orpaillage permettrait à des jeunes et à des familles de générer des revenus.
Mais cette activité pourrait aussi avoir un coût environnemental important.
La difficulté serait alors de trouver un équilibre.
D’un côté, il faudrait protéger les ressources naturelles. De l’autre, il faudrait comprendre les réalités économiques qui poussent certaines personnes vers les sites d’orpaillage.
Pourquoi l’orpaillage continue-t-il de progresser ?
La réponse ne serait pas uniquement liée au prix de l’or.
Dans certaines zones rurales, les possibilités d’emploi restent limitées. L’orpaillage pourrait alors apparaître comme une activité accessible.
Un jeune sans emploi pourrait y voir une possibilité de revenu.
Une famille pourrait y trouver une source de financement.
Un propriétaire de terrain pourrait y voir une opportunité économique.
Cette réalité devrait être prise en compte.
Cependant, elle ne devrait pas servir à justifier les pratiques qui dégradent les ressources naturelles.
Car lorsque l’exploitation devient incontrôlée, les conséquences pourraient dépasser largement le cadre du site minier.
Des conséquences qui dépasseraient les sites
L’un des principaux risques concernerait l’eau.
Les travaux d’extraction pourraient modifier les cours d’eau. Les boues issues des excavations pourraient aussi augmenter la turbidité de certaines rivières.
À cela s’ajouterait le recours au mercure pour séparer l’or des autres matériaux.
Le PNUE considère le secteur de l’exploitation artisanale de l’or comme l’une des principales sources de pollution au mercure dans le monde. En Côte d’Ivoire, l’organisation estime que le secteur pourrait utiliser jusqu’à 558 kilogrammes de mercure par an. (UNEP)
Le sujet mérite donc une attention particulière.
Car une pollution de l’eau pourrait toucher des personnes qui ne travaillent pas sur les sites.
Elle pourrait concerner les pêcheurs.
Elle pourrait concerner les agriculteurs.
Elle pourrait concerner les ménages qui utilisent les ressources des cours d’eau.
Autrement dit, les conséquences pourraient se déplacer du site minier vers toute la communauté.
Les terres agricoles ne sont pas renouvelables à court terme
Un autre problème concernerait les sols.
L’orpaillage nécessiterait souvent d’importantes excavations. Les terrains pourraient perdre leur structure et leur capacité à accueillir certaines cultures.
Pour un pays agricole comme la Côte d’Ivoire, cette question devrait être prise au sérieux.
Le cacao, l’anacarde, l’hévéa et d’autres productions dépendent de terres productives.
Si une activité minière remplace une zone agricole, il faudrait donc mesurer le coût de cette transformation.
Quel revenu l’or pourrait-il générer ?
Quel revenu agricole serait perdu ?
Combien coûterait la restauration du site ?
Et surtout, qui devrait payer cette restauration ?
Ces questions devraient faire partie du débat public.
La forêt aussi pourrait subir les conséquences
L’orpaillage pourrait également accélérer la dégradation de certains espaces forestiers.
Des zones pourraient être défrichées afin d’ouvrir de nouveaux sites. Des habitats naturels pourraient ainsi disparaître.
Or, la forêt joue plusieurs rôles.
Elle protège les sols.
Elle contribue au cycle de l’eau.
Elle abrite une biodiversité importante.
Elle fournit aussi des ressources aux populations.
La disparition d’une forêt ne devrait donc pas être évaluée uniquement selon la quantité d’or extraite.
Il faudrait aussi prendre en compte les services que cet espace fournissait avant son exploitation.
Quelle réponse pour la Côte d’Ivoire ?
À mon sens, la réponse devrait reposer sur plusieurs leviers.
D’abord, il faudrait renforcer les contrôles sur les sites clandestins.
Ensuite, il faudrait faciliter la formalisation des acteurs qui souhaitent exercer dans un cadre légal.
Il faudrait aussi développer des techniques d’extraction qui réduisent l’usage du mercure et limitent la dégradation des sols.
Enfin, les sites déjà dégradés devraient faire l’objet de programmes de réhabilitation.
Ces mesures ne pourraient toutefois fonctionner sans alternatives économiques.
Si un jeune quitte un site d’orpaillage sans aucune autre possibilité de revenu, le problème pourrait simplement se déplacer ailleurs.
La question de l’emploi rural devrait donc faire partie de la réponse.
L’agriculture, la transformation locale des produits agricoles, l’artisanat et les petites entreprises pourraient offrir d’autres perspectives.
Une responsabilité qui concerne aussi les jeunes
Comme jeune engagé, je pense que notre génération doit prendre part à cette discussion.
Nous ne pouvons pas attendre que les conséquences deviennent irréversibles avant de réagir.
Mais nous ne pouvons pas non plus parler de protection de l’environnement sans parler des personnes qui dépendent des ressources naturelles pour vivre.
Notre rôle devrait donc être de poser les bonnes questions.
Comment créer des emplois sans détruire les terres ?
Comment exploiter l’or sans contaminer l’eau ?
Comment restaurer les sites après leur exploitation ?
Comment faire respecter la loi tout en proposant des alternatives crédibles ?
Ces questions ne sont pas simples.
Cependant, elles méritent des réponses concrètes.
La Côte d’Ivoire possède des ressources minières importantes. Elle possède aussi des terres agricoles, des forêts et des cours d’eau.
Nous devrions donc chercher un modèle qui protège les unes sans sacrifier les autres.
Parce que le développement ne devrait pas seulement produire des revenus aujourd’hui.
Il devrait aussi laisser des possibilités à ceux qui viendront après nous.
L’or peut financer notre présent. Mais notre environnement déterminera aussi notre avenir.
