En Côte d’Ivoire, l’orpaillage occuperait une place importante dans l’économie de plusieurs régions. Pour de nombreuses familles, cette activité représenterait une source de revenus. Elle permettrait aussi à certains jeunes de trouver une activité dans des zones où les possibilités d’emploi resteraient limitées.
Cependant, derrière cette réalité économique, une autre question se poserait.
Que coûte réellement l’orpaillage à notre environnement ?
La question mérite d’être posée parce que les conséquences ne se limiteraient pas aux sites d’extraction. Elles pourraient toucher les terres, les forêts, les cours d’eau et, par conséquent, les populations qui dépendent de ces ressources.
Des terres qui pourraient perdre leur vocation agricole
Sur plusieurs sites, l’exploitation de l’or nécessiterait le déplacement d’importantes quantités de terre. Des espaces agricoles pourraient ainsi être transformés en zones d’extraction.
Le problème ne s’arrêterait pas après le départ des orpailleurs.
Lorsque les excavations restent ouvertes, les terres deviennent difficiles à exploiter. Dans certains cas, les sites pourraient aussi présenter des risques pour les populations et les animaux.
Or, la Côte d’Ivoire dépend fortement de son agriculture.
Le cacao, le café, l’hévéa, l’anacarde et plusieurs autres cultures font vivre des millions de personnes. Dès lors, la dégradation des terres ne serait pas seulement une question environnementale. Elle pourrait aussi devenir une question économique et sociale.
Si une terre agricole devient impropre à la culture, une famille pourrait perdre une partie de ses revenus.
Si plusieurs hectares subissent le même sort, les conséquences pourraient concerner toute une communauté.
L’eau au cœur des préoccupations
L’autre sujet concerne les cours d’eau.
L’orpaillage pourrait modifier le lit de certaines rivières et augmenter la quantité de sédiments dans l’eau. À cela pourrait s’ajouter l’utilisation de produits chimiques, dont le mercure.
Selon le Programme des Nations unies pour l’environnement, l’exploitation artisanale et à petite échelle de l’or constitue une source importante de pollution au mercure dans le monde. En Côte d’Ivoire, le PNUE estime que le secteur utiliserait jusqu’à 558 kilogrammes de mercure par an. (UNEP)
Cette donnée devrait nous interpeller.
L’eau n’est pas seulement une ressource naturelle. Elle sert à boire, à produire, à pêcher et à irriguer les cultures.
Par conséquent, toute activité susceptible de dégrader cette ressource devrait faire l’objet d’un contrôle sérieux.
En février 2026, le gouvernement ivoirien a d’ailleurs signalé une pollution des lagunes Tendo-Ehy et Aby dans la région de Tiapoum. Les autorités ont évoqué plusieurs sources possibles de pollution, dont l’orpaillage clandestin. (Gouvernement de Côte d’Ivoire)
Il faudrait donc éviter de considérer chaque cas isolément.
Lorsque plusieurs alertes apparaissent dans différentes régions, elles devraient pousser à renforcer les contrôles et les études scientifiques.
Une forêt qui paie aussi le prix de l’or
L’orpaillage pourrait également exercer une pression sur les espaces forestiers.
Pour accéder aux zones aurifères, certains sites seraient défrichés. Des arbres seraient coupés. Des habitats naturels pourraient disparaître.
Cette situation poserait une autre difficulté.
La forêt protège les sols. Elle participe au cycle de l’eau. Elle abrite aussi une biodiversité qui reste essentielle pour l’équilibre des écosystèmes.
Ainsi, lorsqu’une forêt disparaît pour permettre une activité minière, la perte ne se limiterait pas aux arbres.
Elle pourrait aussi concerner les services que cette forêt fournit aux populations.
La Côte d’Ivoire a déjà perdu une grande partie de son couvert forestier au cours des dernières décennies. Dans ce contexte, chaque nouvelle pression sur les forêts devrait être prise au sérieux.
Il ne faudrait pourtant pas oublier les personnes
Parler d’orpaillage illégal ne devrait pas conduire à désigner tous les orpailleurs comme responsables de la dégradation de l’environnement.
Cette nuance est importante.
Le secteur ferait vivre de nombreuses personnes. La Banque mondiale estime que l’exploitation artisanale et informelle de l’or concerne près de 500 000 personnes en Côte d’Ivoire. (Banque mondiale)
Derrière chaque chiffre, il y a donc des familles.
Il y a des jeunes.
Il y a des travailleurs.
Il y a aussi des personnes qui cherchent simplement une source de revenus.
C’est pourquoi la réponse ne devrait pas reposer uniquement sur la répression.
Il faudrait aussi proposer des alternatives économiques. Il faudrait faciliter l’accès aux techniques d’exploitation moins polluantes. Il faudrait renforcer la formation et le contrôle des sites.
La formalisation du secteur pourrait constituer une partie de la réponse.
En juillet 2025, la Côte d’Ivoire et la Banque mondiale ont annoncé des mesures pour mieux structurer le secteur de l’exploitation artisanale de l’or, avec un accent sur la sécurité, l’environnement et la lutte contre le commerce illicite. (Banque mondiale)
La question que nous devons poser
En tant que jeune, je ne voudrais pas que cette question soit réduite à un simple affrontement entre l’environnement et l’économie.
Nous avons besoin d’emplois.
Nous avons besoin de revenus.
Nous avons aussi besoin d’eau potable, de terres agricoles et de forêts.
Ces besoins ne devraient pas être opposés.
Le véritable défi serait donc de trouver un modèle qui permette aux populations de tirer des revenus de leurs ressources sans détruire les bases naturelles dont elles auront besoin demain.
Parce que l’or extrait aujourd’hui peut être vendu.
Mais une terre dégradée pourrait mettre des années à retrouver sa capacité agricole.
Une rivière polluée pourrait affecter plusieurs activités.
Une forêt détruite pourrait être difficile à restaurer.
C’est pourquoi la lutte contre l’orpaillage illégal devrait aussi être une réflexion sur notre modèle de développement.
Nous ne devrions pas seulement demander combien d’or nous pouvons extraire. Nous devrions aussi demander ce qu’il restera après notre passage.
